Lutte des classes et clash linguistique

Publié le 18 Septembre 2014

Ce blog, depuis plus de 5 ans, m'a permis d'affirmer et affiner ma pensée et ma filiation politique. Une toute petite pierrre ajoutée à l'édifice de la pensée dite de gauche. La gauche populaire, LE peuple. Celui dont tout le monde se réclame. Ici au moins c'est clair, le peuple et le prolo (c'est à dire moi, excusez du peu) est bien de "gauche", socialiste au sens premier et l'extrême droite ne fera jamais entrer une idée brune dans ma caboche de bourricot. JAMAIS.

Ce blog n'est pas utilisé pour étaler ma vie privée. Je vais néanmoins déroger à cette règle et vous narrer une anecdote qui remonte à 2006 ou 2007. Merci Monsieur Macron.

J'étais adjointe au maire de Mably, dans la Loire. Ce qui m'a valu de procéder à de nombreux mariages. Il arrivait parfois qu'un membre de la famille des futurs époux, lui aussi élu mais dans une autre commune, fasse connaître son souhait d'être associé à la cérémonie. Nous n'avons jamais rejeté ces demandes. J'ai donc marié deux jeunes gens avec à mes côtés le parrain de la jeune femme. Après un petit mot de bienvenue, je lui ai laissé la parole pour un discours qu'il avait soigneusement préparé. Après quoi j'ai procédé à la lecture des mentions légales et recueilli le consentement des jeunes époux. J'ai terminé la cérémonie avec mon petit discours personnel : tous les couples qui passaient devant moi y avaient droit, pas question d'expédier un mariage en 10 mn chrono. Cet acte public d'engagement est important et mérite un peu de solennité après la lectures monotone et peu excitante des formules obligatoires du mariage civil. J'étais satisfaite quand j'avais réussi à faire couler une larme sur la joue… du marié !

Comme d'habitude, j'avais préparé succinctement un petit canevas, en me basant sur les renseignements glanés auprès des personnels de l'état civil. C'est fou comme les prénoms, les âges, les professions et adresses, le fait qu'il y ait ou non des enfants, une mention de divorce ou de veuvage, des parents séparés ou décédés… forment un faisceau d'informations à même d'ébaucher une ligne de langage. Le temps d'observation des invités et des familles avant qu'ils n'entrent dans la salle confirmait souvent cette ligne ou permettait de l'infléchir. C'est ce que fis ce jour là, sans support écrit, à l'instinct, simplement.

Je restais ensuite dans la salle pour signer les documents nécessaires, alors que la joyeuse assemblée profitait du perron de notre petit château pour les photos. Le parrain de la mariée revint vers moi pour me remercier de l'avoir laissé tenir un rôle lors de cette union. Nous avons discuté un petit moment et il me félicita chaleureusement pour mon petit discours improvisé que tous avaient trouvé fort bien tourné et émouvant, et me demanda alors : "Vous êtes enseignante ?".

Je ne sais pas ce que je lui ai dit. Mais je n'ai pas répondu à sa question. Et j'avoue avoir été vexée. J'étais ouvrière et le suis toujours. Et si un jour je devais accéder à un "statut social" soi-disant plus élevé, c'est avec impertinence, humour et fierté que j'accrocherai au mur bien en évidence mon diplôme de mécanicien-monteur de la Défense nationale.

Rédigé par Sylvie Boussand

Publié dans #Bonnet d'âne

Repost 0
Commenter cet article

hesteve-pamphile 24/09/2014 11:56

Honneur aux représentants du peuple issus de ce peuple même, le monde ouvrier !
Amicalement Sylvie !